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L'édito du mois de Squaaly 

Vous savez mon amour des mots. Rien de nouveau ! Je les aime, les chéris autant que faire se peut, me contentant, je l’avoue, d’une grosse pelletée que je tourne, retourne, comme un tas de fumier sur un lopin de terre, espérant  ainsi reverdir mon propos. 

Il y a tant de mots qui me sont inconnus, tant que je déchiffre du bout des lèvres, sans en saisir le sens, tant que j’essaie de rattacher à une case dans mon cerveau, mot que je confonds souvent avec cerceau, les deux tournant sans fin, à vide façon hula-hoop.

Qu’importe si mes mots sont rares, s’ils ne pullulent pas autant que des médicaments sur la table de chevet d’un malade ; car, avec le temps, j’ai appris à me jouer de leurs sonorités, à confondre leurs sens, glissant de celui qui est, à celui que j’induis avec l’assurance du gars qui sait que huit et huit font quinze. J’aime prendre les mots à contre-pieds, les détourner ou juste me balader de liane en liane ; Tarzan des mots, roi de la brousse verbale, crémeuse à souhait. 

Je les aime, même quand je ne n’en ai pas pour dire le fond de ma pensée, quand ils me manquent. Quand on se manque aussi. Quand, des presque inconnus, de ceux qui n’ont que leur ascendance pour exister, s’emparent d’un micro pour de dire des mots qu’on pensait révolus, définitivement bannis, des mots impossible, inaudible.  Fin janvier, j’ai entendu le mot « rafle ». Oui « rafle »,  et « rafle » m’a fait froid dans le dos comme une rafale de mistral glacial, comme une bourrasque de balles qui te sèchent.  « Rafle d’OQTF » m’a saisi sur place, débarqué, terrorisé comme si cette abjection, cette pensée qui voit le rat plutôt que l’homme, avait encore droit de citer ici, ou n’importe où dans le monde. L’horreur de cette vision est aujourd’hui partout chez elle.  Malheureusement.  

Rafle ici, rafle partout contre des hommes, des femmes, des enfants, loin de l’endroit qui les a vus naître, faute de terre où construire leur bonheur, où tourner, retourner le sol de leur lopin pour manger à leur faim, où chérir des mots essentiels comme intégrité, paix, fraternité, solidarité, justice, amitié…

Amitié, même envers toi qui n’est pas mon ami, que je ne connais pas, qui ne pense pas comme moi, toi qui est  un humain parmi les humains à qui je tends la main pour que tu ne perdes pas pied dans ton indifférence à l’autre, pendant que d’autres se noient dans les flots noirs de notre mer « bleue comme une orange » aurait dit le poète parlant de la terre où certains ne poseront jamais le pied, 

J’aime les mots et j’aime l’humain même les crapules, les détrousseurs d’âmes et les raclures de bidets, ceux qui n’habitent pas leur condition, ces bêtes féroces et méchantes qui me donnent la nausée.  Aujourd’hui je n’écris pas mon édito mot à mot, je me contente, triste, écœuré, de le vomir.  impossible de faire autrement, pris par un haut le cœur à propos de ces personnes qui en sont dépourvu et que des mots, les miens, cherchent encore à raccrocher à l’humanité.

 

Pendant que ma bile se répandait mot à mot, d’autres au Nomad, nouvellement installé au Moulin, déroulaient le programme de la douzième édition de Babel Minot, festival jeune public dont « le matériau de base est la musique » pour reprendre les propres mots de Julien Villatte, le programmateur du festival. C’est au total pas moins de 22 compagnies accueillies, soit une soixantaine d’artistes dans une vingtaine de lieux à Marseille et ses environs. Ils joueront du 9 au 31 mars pour 3000 familles, autant de scolaires et 250 professionnels et professionnelles venus découvrir des spectacles et échanger autour de leurs pratiques. Comme à chaque édition, l’affiche détourne une pochette de disque. Cette année, c’est « War », troisième opus des Irlandais de U2, paru en 1983 qui passe sous la palette de Bérengère Calbris. Encore un contrepied, afin de propager un message de paix dans un monde qui en a tant besoin. Paix, un mot que j’aime qui ne peut pas, ne doit pas être attaché qu’au repos éternel. Alors, vivons en paix en attendant la mort et pensons à nos minots, nos mômes, nos marmots car ils sont les adultes de demain !

Février 2026

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