LES ÉDITOS De don vito SQUAALY,

parrain du nomad' café

NOVEMBRE 2019

Je me souviens que ce lundi matin après avoir pris mon café chez un des dealers de jus noir de la Plaine où j’ai mes habitudes, je tourne autour du mur qui encercle la place depuis tout juste une semaine. Dans les interstices, entre deux bouts mal joints, j’observe ce qui peut bien se tramer derrière ; quand une alerte de la Provence sur mon téléphone qui fait tout sauf le café, m’annonce l’effondrement de la rue d’Aubagne. Immédiatement inquiet pour Joaquim, un de mes amis et sa famille qui vivent dans cette rue trait d’union entre ville basse et plateau, entre cours St-Louis et cours Ju’, je tapote son nom et cherche à le joindre. En vain. Personne pour décrocher. Personne pour me répondre. Personne pour me rassurer.

Il n’est pas 9h30 quand j’enfile d’un pas pressé les rues, dévalant la pente, bousculant à hauteur de l’entrée des prépas du Lycée Thiers, quelques rares et studieux élèves qui ne sont pas préparés à la l’affreuse nouvelle en encore moins à la subite collision. Emporté, je traverse Lieutaud, plonge dans Noailles par la rue de l’Académie jusqu’à croiser Aubagne-street. Les Pompiers au  loin, en amont, la poussière aussi, tout près de chez mes amis, me font craindre le pire, avant de découvrir que le pire n’est pas chez eux, mais en face chez eux, juste quelques mètres en contrebas.

Sonné, sans nouvelles et inutile, je quitte la rue. 

Ce n’est que vers midi que la voix de Joaquim me rassure dans un premier temps avant de me lâcher « On ne nous le dit pas encore, mais il y a des morts sous les gravats. On le sait. ».

La suite, tout le monde la connaît. La suite, c’est huit prénoms sans vie - Ouloume, Simona, Fabien, Chérif, Taher, Julien, Marie-Emmanuelle, Niasse – qu’on partage, qu’on répète depuis tous les 5 du mois, Place Homère, à quelques mètres du trou pour ne pas les oublier. On ne vous oubliera pas.

Cet effondrement n’a pas laissé qu’un trou rue d’Aubagne, qu’une carie dans cette artère tout en pente, il a mis en évidence, comme un flagrant délit le mépris de notre maire et de ses sbires pour une partie de leurs administrés, pour les plus pauvres de leurs administrés, pour les gens de peu, comme les nommait Léon Gontran Damas, dans un texte – Nous les gueux, nous les peu - adapté par Radio Babel et clippé entre Noailles et Plaine, un an avant l’effondrement. Y a pas de hasard !

Qu’attendons-nous ?, comme l’écrivait en 1956, le poète né en Guyane, ami d’Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor. Qu’attendons-nous ?

OCTOBRE 2019

La mort prévisible de Jacques Chirac, ancien président de la République Française - on ne retiendra que cette fonction, tant sa vie professionnelle s’est cantonnée à arpenter les allées du pouvoir, cumulant par exemple, entre mars 77 et mars 79, les postes de Maire de Paris, Président du Conseil Général de Corrèze, Député de la 3ème circonscription de ce département et Président du RPR - sa mort donc, n’a pris aucune rédaction de court. Preuve en est : les nombreuses émissions spéciales, multiples interviews et milliers d’images archives endurés ces derniers jours. Cette disparition a au moins eu le mérite de ressortir des placards quelques cruciaux témoignages.

Il en est un qui me tient particulièrement à cœur parce qu’il éclaire d’un nouveau visage, ce qui, avec les préparations de l’enterrement, a fait de l’ombre au nuage de fumée qui plombe désormais l’horizon rouennais, à savoir les propos d’Eric Zemmour le week-end dernier lors de la Convention de la Droite, et leur retransmission in-extenso sur la chaine d’info en continue LCI. On y voit un certain 19 janvier 2002, un Eric Zemmour forcément plus jeune, invité de Tout le Monde en parle, à l’occasion de la sortie de L’Homme qui ne s’aimait pas, un livre que le journaliste car journaliste il était à l’époque, consacra il va sans dire à Jacques Chirac. Zemmour répond à une interview Vérités, dont  Thierry Ardisson, l’animateur de l’émission a le secret. On passera sur les difficultés relationnelles du Président et de son père, de son goût pour les femmes de bonne famille et le cul des vaches, pour ne retenir qu’une info, une seule : l’apparente bonne santé mentale du journaliste qui nous abreuve ici de détails sur la vie du Jacques Chirac, le sujet de son livre, mort en roi. 

Effectivement, à l’époque, aucune obsession religieuse, aucune crainte maladive de perte de virilité, aucune phobie chronique du grand n’importe quoi, théorie conspirationniste chère à l’extrême-droite ne vient parasiter le verbe du l’homme qui signe d’un Z qui veut dire Zemmour. Son phrasé limpide et sans emballement est au service d'un discours clair qui s’appuie sur des faits, des observations minutieuses; reconnaissant même une erreur quant aux organisateurs d'un rendez-vous qu'il mentionne. 

On devine alors que la maladie n’a pas encore altéré ses capacités intellectuelles. Peut-être était-il alors porteur sain, mais rien ne nous le laisse deviner aux vues de cet extrait qui a plus de 15 ans. On comprend, alors, que le problème d’Eric Zemmour n’a rien à voir avec la liberté d'expression, le racisme ou que sais-je encore. Non, Eric Zemmour est juste malade et à ce titre, il doit être soigné, peut-être même interné ! Aux frais de la collectivité, il va s’en dire, car il me semble normal que nous contribuions tous à sa guérison au titre de la solidarité, qui est une de nos plus belles de nos valeurs, si ce n'est la plus belle !

Eric Zemmour est malade, point barre, un malade contagieux, qui plus est. Mais ce mouvement de solidarité qui nous pousse à l’accompagner dans un premier temps jusqu'au cabinet médical le plus proche, ne peut tout excuser. Puisqu’il existe des lois pour combattre le racisme et ses expressions et il le sait, car déjà condamné pour ses propos, elles doivent être appliquées; à moins que des médecins aux vues de ses images d’archive, constatant la dégénérescence intellectuelle intervenue depuis, principal symptôme de sa maladie neurologique, le déclarent irresponsable. Sa verve ne méritant alors de fait, guère plus d’attention que celle du Tonton déjà bourré avant même l’arrivée du plateau de fromages, lors des repas de familles.

SEPTEMBRE 2019

Parce qu’à prendre son temps, on ne le perd jamais ou presque !

Si aujourd’hui, nous sommes légion à remettre au lendemain, si aujourd’hui nous sommes nation et même procrastination, c’est que, quoiqu’on fasse, quoiqu’on dise, avec ou sans nous, la rentrée aura toujours bien lieu.

Ainsi, tout le monde finira toujours par reprendre ses petites habitudes, son métro-boulot-dodo, son petit train-train quot-quotidien (spéciale dédicace au Coq Maurice dont le cocorico matinal a défrayé la chronique sur l’Île d’Oléron et ailleurs). Pour ce qui est du boulot et du dodo, l’été m’a confirmé que, comme à chacun d’ailleurs, j’ai mes préférences, adoubant plutôt l’un que l’autre. Pour ce qui est du métro et plus largement des transports en commun de la deuxième ville de France n’en déplaise à mes amis lyonnais, la chose est plus complexe. En effet, m’apprêtant une fois de plus à pester contre la faiblesse des services de la Régie des Transports Marseillais, j’ai eu la surprise de découvrir à la lecture d’un papier du média en ligne Marsactu, qu’il existait une ligne secrète reliant chaque été, la Place Castellane à la Madrague de Montredon et que ses horaires ainsi que la liste de ses arrêts s’échangeaient sous la chemisette entre habitants, sans aucune communication grand-public, avec comme conséquence immédiate la perte de la notion de “pour tous”, notion qui réunit égalité et fraternité, deux des trois principes républicains qui ornementent le fronton de nos écoles et mairies, et rappelle le cap à notre société par grand vent.

Quel idiot, étais-je ! Quel idiot et quel râleur ! Marseille est probablement sur le modèle de cette ligne en filigrane, doté d’un magnifique et exemplaire réseau de métros, bus et navettes maritimes et je n’en sais rien. Tenu secret comme les souterrains des châteaux forts ou les portes dérobées des palais royaux, il fonctionnerait parfaitement bien, offrant aux seuls initiés, à ceux qui savent, à ceux qui sont dans les petits papiers, la possibilité de circuler sans entrave dans cette ville immense. Ce réseau discret, dérobé, caché, leur serait réservé ; laissant apparaître comme à à travers un filtre magique une ville dans la ville, une ville exemplaire faite d’harmonie plutôt que de chicaneries et de discordes, une ville apaisée sous la violence du béton et de l’asphalte, une ville rassemblée autour du bien commun plutôt que morcelé sous les intérêts particuliers et le clientélisme, une ville aux logements dignes sous les gravats et les arrêtés de péril imminent.

Pourquoi, nous, Marseillais.es d’hier ou de toujours qui ne demandons qu’à faire nation ici ; pourquoi n’y avons nous pas simplement accès ? Peut-être parce que nous avons trop attendu des lendemains qui chantent, trop cru que notre ville était un village et nos maires des coqs en pâte dont le seul cocorico suffisait à réguler notre quotidien, nos besoins et nos désirs.

 

JUILLET 2019

Raymond du fond de son lit en barre, s’est fait rattraper… et ça repart ! Faites ce que je dis, pas ce que je fais… Raymond avait à son décès en 2007, 6 738 745€ dissimulés sur un compte d’une banque de Bâle. « Petit trou pour notre économie », diront certains, et « gouffre pour notre éthique politique », rétorqueront d’autres ! Père la morale, rond comme un point,  Barre fut successivement ou conjointement prof à la fac, membre du Conseil général de la Banque de France, député-maire de Lyon, ministre du Commerce extérieur, Premier ministre et vice-président de la Commission européenne.  Raymond avait quelques belles économies (normal pour celui que Valéry Giscard d’Estaing surnommait le meilleur économiste de France), économies dont il faudra bien un jour connaître la source puisque n’apparaissant pas au relevé annuel de ses revenus. Docteur Jekyll et Mister Hyde !

Plus récemment et sur un autre terrain, d’autres adeptes du double-face, ont été pris pieds et poings déliés dans le sac du grand nimporte-nawak ! Après le bombardement d’un camp de détention de migrants non loin de la capitale Tripoli, qui a fait plusieurs dizaines de morts et une centaine de blessés, L’Europe et ses dirigeants se sont émus, tout en continuant de refuser aux associations de sauvetage en mer, la possibilité de porter assistance aux naufragés. « Ne faites pas dans des mares rouge de sangs, ce que je fais dans la mare bleu azur » devait marmonner ces têtes démocratiquement couronnées.

« Faire ce qu’on dit » et « dire ce qu’on fait » sont les deux leviers qui peut-être nous sortiront du bourbier dans lequel nos sociétés s’empêtrent. Pour ma part, je m’y emploie dès maintenant : Bon été et rendez-vous en septembre !

JUIN 2019

A quelques jours d’intervalle, le résultat des élections européennes et l’annonce du bilan carboné de la cinquantaine de paquebots maousse-costauds en rade de Marseille qui polluent autant qu’un quart de la circulation automobile, ont joué un terrible chaud-froid sur notre moral. Si, le score à la hausse des Verts pourrait laisser croire à nouveau à une amorce de prise de conscience, à un début de responsabilisation quand au devenir de la terre, le sombre bilan des hôtels flottants qui pendulent de port en port et noircissent nos façades et poumons, nous rappellent que rien n’est gagné. Certains sur le pont à la Mairie, au Département, au Port ou plus directement chez les croisiéristes opposent dans la presse, pollution et emploi. A les écouter, nos futurs cancers et autres pathologies pulmonaires ne pèsent pas grand-chose dans la balance de l’emploi. Il est vrai qu’un malade en phase terminal ou non, ne sera jamais comptabilisé dans les colonnes des chômeurs !

MAI 2019

De l’art de ne pas prendre une invitation pour un ordre.

Tout récemment, en avril dernier, au plus fort de la fronde des Gilets Jaunes, des manifestants ont lancé à l’intention des policiers une invitation à se suicider, provoquant une véhémente salve de réprimandes de la part de nos démocrates patentés. Si, on ne saurait ici, encourager l’invitation au suicide à l’adresse de qui que ce soit, à commencer ou à finir par des personnes en uniforme fragilisés par des week-ends sur le terrain, on est en droit dans la foulée - petite ou grande - hâté par quelques tirs de lacrymos soutenus par des lancées de balles de défense, d’admettre, de reconnaître que cette invitation tient plus de l’appel malhabile et nihiliste à la désobéissance que de l’encouragement au fatal passage à l’acte.

Qui peut souhaiter la mort d’hommes ou de femmes applaudis lors des manifestations post attentats? Les policiers ne sont que le bras malheureusement armé ici en France, du pouvoir qui les commande. Ce sont des exécutants, des ouvriers spécialisés de l’ordre - celui qu’ils gardent, comme ceux qu’ils reçoivent - des RoboCops pilotés depuis la Place Beauvau. Un ordre est un ordre. Il rassure car il déresponsabilise, lobotomise ceux qui sont prêts à donner leur vie pour son maintien. Il évite le doute et la remise en cause. Il faut bien ça quand semaine après semaine, on contrôle, on gaze, on malmène, on frappe son voisin, sa voisine, quand on bouscule des citoyens qui gagnent guère plus ou guère moins que toi, des citoyens qui demandent juste un peu plus de justice fiscale, et aimeraient bien par la même occasion avoir le beurre, l’argent du beurre et pourquoi pas même, le cul de la crémière. Oui, tout n’est pas rose dans le mouvement jaune. Tout n’est pas rose non plus dans le pays à la bannière tricolore.

Quand un gouvernement n’a comme réponse que la violence pour tenter de discréditer un mouvement social long comme un crédit revolving, et soutenu à en croire les sondages, par la masse des non-manifestants, quand un gouvernement use de tous les artifices du maintien de l’ordre pour proposer aux chaines de télés des programmes en continu, acte après acte, week-end après week-end, des scènes d’émeutes, de voitures incendiées, de Fouquet’s aux stores carbonisés et d’hôpital « attaqué par des manifestants » comme dira un temps le Ministre de l’Intérieur. Plus tard, cet ancien joueur de poker reviendra sur ses propos et parlera tout de même « d’intrusion violente », un terme un poil mensonger au regard du mouvement de foule, de repli, provoqué par une charge virulente de police en direction de paisibles manifestants du 1er mai.

Quand on voit tout ça, quand on sait tout ça et que l’on imagine à tort ou à raison la difficulté, pour ne pas dire l’incapacité statutaire à la désobéissance de tout ou partie de nos fonctionnaires, on peut imaginer que cette appel maladroit au suicide, était une façon de dire stop à un état de fait, à cette violence répétée et instrumentalisée ; comme une personne peut parfois, tenter de mettre fin à ses jours en se tailladant les veines avec un couteau en plastique ou en avalant tout le contenu d’un tube d’aspirine effervescent. Les psys parlent alors d’appel au secours. Il ne s’agit peut-être donc au final que de ça, d’un appel au secours face aux dérives sécuritaires d’un gouvernement élu en partie par des hommes et des femmes qui ne validaient pas une politique mais refusaient avant tout l’arrivée de la représentante du Rassemblement NaZional à l’Elysée.

Au secours !

AVRIL 2019

Des Goudes à la Pointe Rouge, chaque week-end, quand sonne l’heure du retour, quand vient le moment d’abandonner ces paysages féeriques, ces bords de mer, les pieds dans l’eau et ses horizons à perte de vue, on roule au pas, pare-choc contre pare-choc pendant des kilomètres. C’est pourquoi, tout début mars, Martine Vassal, la présidente de la Métropole Aix-Marseille et du Département, flanquée d’Yves Moraine, le maire du secteur, a annoncé que pour résorber le trop plein de voiture, avait été décidé d’élargir la chaussée, de passer à deux voies au lieu d’une.

En un mot comme en cent, pour résorber les embouteillages dus aux voitures, notre élue en chef augmente la place faite aux voitures en supprimant de fait la piste cyclable existante alors que la loi l’incite à en construire une sur chaque nouvelle voie. J’en perds la mienne.

Ces spécialistes de l’appel d’air dès qu’il est question d’immigration, en oublient ici, leurs belles théories, dès que de voiture il s’agit. Mais, me diriez-vous pourquoi parler d’appel d’air quand c’est de gaz carbonique qu’il s’agit, de pollution, de futurs bouchons et de poumons encrassés. Car il faudra bien un jour futur, une fois ces deux voies saturées, raser quelques maisons, couper arbres et arbustes, pour goudronner encore et encore, et en tracer une troisième et qui sait même, une quatrième, alors que la voix de la sagesse, celle qui nous dit que le futur de notre monde est entre nos mains aujourd’hui, voudrait qu’on ne réitère pas les erreurs du passé quand feu notre maire, Gaston Deferre, qui n’était pas lui non plus à une gaffe près, décida de réduire ostensiblement le réseau de tramway, de l’anéantir ou presque pour privilégier la “totomobile”.

A Marseille, si on n’avait pas de pétrole, on avait déjà des idées, de bien dangereuses idées.

 

Des Goudes à la Pointe Rouge, pendant qu’on roule toujours au pas, d’autres marchent déjà sur la tête sans pour autant résoudre à long terme le problème des embouteillages… et de la pollution.

FÉVRIER 2019

Quelqu’un m’a dit - comme dit la chanson – que « le footballeur Emiliano Sala et son pilote avaient disparu en pleine mer » avant d’ajouter que « son club, le FC Nantes, n’avait même pas attendu qu’il soit repêché - mort ou vif - pour réclamer le montant convenu du transfert du buteur (17 millions d’euros) au Cardiff City FC ; alors que par milliers des hommes, des femmes et des enfants dont certains deviendront peut-être footballeurs, si les flots leur sont cléments ; cherchent à traverser les mers sans qu’aucun club ne songe à leur verser le moindre kopeck. »

Quelqu’un m’a dit que « le Président en exercice passait tant de temps sur l’écran plat de nos salons, qu’on songeait à lui confier la rubrique météo ou l’animation d’un jeu télévisé, tant il excelle dans l’art de faire la pluie et le beau temps sur les plateaux, manipulant - avec aisance ou sans vergogne (à chacun de voir) - les chiffres et les lettres. ».

Quelqu’un m’a dit que « de mémoire de manifestants, on n’avait rarement vu les forces de l’ordre bastonner et castagner avec autant d’acharnement des citoyens pacifiques, sous prétexte qu’une poignée d’excités, de casseurs participaient aux manifestations. ».

Quelqu’un m’a dit qu’« on avait même pondu des lois pour neutraliser ces casseurs et que nous simples citoyens risquions fort d’en payer les œufs cassés. ».

Quelqu’un m’a dit que « Zineb Redouane, une femme d’un certain âge, en fermant les fenêtres de son appartement jouxtant la Canebière, avait reçu un engin lacrymogène et était décédée à l’hôpital, sans que les CRS ne soient inquiétés puisque elle n’était pas officiellement morte des suites directes de la lacrymo. ».

Quelqu’un m’a dit qu« à Marseille, les avis de périls imminents (145 au moins en trois mois) et les arrêtés d’interdiction d’occuper continuaient de tomber comme des châteaux de cartes, si je peux dire, avait-il ajouté.».

Quelqu’un m’a dit que « ces verrues sont aujourd’hui plus que visibles et l’état de la ville plus que risible. ».

Quelqu’un m’a dit que « ni lui, ni ces colistiers et autres amis sur les bancs municipaux, ni les autorités à d’autres échelles, ne semblent avoir réellement saisi le traumatisme vécu par ces hommes et ces femmes de tous âges et les dérèglements profonds et souvent intimes du quotidien qu’il entraîne. ».

Quelqu’un m’a dit qu« il faudra bien que tôt ou tard et dans le strict respect des procédures, mais sans jouer la montre, les responsables de cet état de fait soient nommées, poursuivies et jugées. ».

Quelqu’un m’a dit que « des réquisitions d’appartements vides pourraient adoucir la vie des Délogés, mais que rien ne se passe. ».

Quelqu’un m’a dit que « le couple de manifestants molestés par Benalla avait été condamnées à 500 € d’amende pour avoir lancé une cruche à eau et un cendrier sur les forces de l’ordre alors qu’ils étaient sortis manger une crêpe. ».

Quelqu’un m’a dit que Benalla était toujours en liberté.

Quelqu’un m’a dit qu’au Japon, Carlos Goshn n’était, lui, pas sorti d’affaire.

Quelqu’un m’a dit que le printemps pointait déjà le bout de son nez.

Quelqu’un m’a dit tellement de mots, que sa logorrhée m’a fait tourner la tête au point d’en avoir envie de vomir. 

JANVIER 2019

A chaque nouveau cycle calendaire, son lot de bonnes résolutions.

A peine 2019 célébrée par moult feu d’artifices tout autour de la terre, que mes résolutions se lançaient tout schuss, dévalant à toute berzingue les pistes vertigineuses des premiers jours de janvier. En rhizomes, telles une tribu d’elfes phosphorescents se tenant par la main et zigzaguant à qui mieux-mieux, elles ont taillé par les deux bouts, ces nuits devenues trop longues ; annonçant de facto, un futur printemps et qui sait, peut-être même un été radieux.

Je succombais donc sans grand mal, grâce à une gymnastique de l’esprit quotidienne - un yoga de l’âme diront certain.e.s - appuyée par un régime à base d’algues et d’herbes, à la première de mes résolutions, à savoir : gagner en légèreté au sens propre comme au figuré, afin d’accroitre mon “bucolisme” naturel. Fini les verres à moitié vides, mes jours sont désormais chaque jour un peu plus long, un peu plus beau, un peu plus plusse !

La magnificence de la pensée positive rayonne enfin en moi. Ma bile ne se répand plus. Mes mots habituellement trempés dans l’encre noire de mes pensées, s’ébattent depuis ces fameux douze coups de minuit, dans une piscine d’eau de jasmin avec une grâce que seule Esther Williams, la sirène d’Hollywood, peut égaler. Le monde est amour et je loue déjà à chacune de mes rencontres et au plus offrant, les vertus et les mérites de ce nouveau cru, de cette année en neuf.

Je m’apprêtais donc pour ce premier édito de l’année écrit bien au chaud sous la couette, à vous parler copulation, à vous parler de la copulation des coléoptères, à vous narrer par le détail les folles nuits d’amour des coccinelles, scarabéidés et autres capricornes de Provence, à vous raconter les sensuelles préliminaires de ses bestioles pourvus de robustes élytres et de puissantes mâchoires plutôt que de vous dépeindre les révolutions ourdies aux ronds-points, aux péages et jusque dans les beaux quartiers de la capitale.

Je suis, dans les starting-blocks du bonheur, prêt pour un nouveau départ. 2019 a manifestement mis fin au cycle pernicieux des bad-news qui me plombaient jusqu’alors m’obligeant à surréagir comme si je devais accueillir en moi toute la misère du monde. Depuis, je visionne avec frénésie, je mâte - pour employer un verbe plus en accord avec les images - à foison des documentaires porn’animaliers, quand je ne chronomètre pas, à la seconde près, les coïts de ces petites bêtes à bon dieu.

Je suis au top. Le ciel est bleu et le soleil radieux.

Mais un mail, un pauvre mail petit mail, est venu tout chambouler. Comme à la foire ! Patatrac ! Un mail par lequel j’apprenais qu’à l’heure où démarrait le match de Coupe de France opposant les équipes de l’OM et d’Andrézieux au Chaudron (petit nom du Stade Geoffroy-Guichard) avec le score final que l’on sait, notre maire Jean-Claude Gaudin avait quitté Saint-Etienne pour « se rendre immédiatement sur le port des Goudes. Il a retrouvé sur place Yves Moraine, maire des 6ème et 8ème arrondissements et a rencontré les habitants et les représentants du CIQ du quartier. ».

En effet, un terrible incendie a la veille, dans la nuit de samedi à dimanche, brulé ou fondu une trentaine de bateaux sans faire fort heureusement, la moindre victime parmi les usagers du port, ses habitants ou les marins-pompiers venus combattre le feu.

Avec ce sens de la mesure qui lui est propre, notre maire a pu cette fois-ci constater de visu que la pluie n’y était pour rien. C’est déjà ça. 

Heureusement qu’en 2019, j’ai décidé de ne plus me cancériser la vie, de prendre sur moi, de chercher à sublimer, d’embrasser montagnes et cours d’eau, d’enlacer arbres, de trouver des solutions plutôt que de chercher des noises. Heureusement…

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