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LES ÉDITOS DE DON VITO SQUAALY

PARRAIN DU NOMAD' CAFÉ

AVRIL 2022

Comme des destins qui se superposent, calque contre calque, se confrontent et racontent notre monde ; la 8ème édition de Babel Minots qui vient de fermer ses portes avec le succès que l’on sait, un sold-out sur chaque spectacle, avait comme pendant, à quelques 2500 km de nous, des enfants, mais aussi des hommes et des femmes, des civils et des soldats qui mouraient sous les bombes ou lors d’escarmouche, comme on meurt trop souvent lors de conflits tout autour de la planète.

Ces odeurs de guerre, ce goût de la mort violente qu’on avait presque oubliés par ici, nous rappellent qu’au troisième millénaire, on ne sait toujours pas régler un conflit autrement qu’à coups de massue, façon homme des cavernes. Pire, on continue de vendre des armes de plus en plus sophistiquées, tout en s’étonnant, des larmes à l’œil qu’elles fassent des morts. Que deviendront ces enfants qui ont perdu un bras, une jambe ou un parent voire les deux ? Que pèsent-ils dans la balance de notre commerce extérieur ?

« A la guerre comme à la guerre » disaient certains. « A la paix comme à la paix » répondait Prévert. A la paix comme à la paix, peut-être un jour !

MARS 2022

En mars, parce que c’est le printemps, synonyme de renouveau, et parce qu’en février entre les préparatifs du double concert Temenik Electric / De la Crau, de la double sortie - Little Hammam / Temperi - leur album respectif que ce concert venait célébrer, et de la promo afférente à cette double actu au carré ; personne au Nomad Café ne m’avait mis la pression. J’avais donc fait carpette côté édito et vous prie à rebours, de bien vouloir m’en excuser.

Ainsi en mars comme pour me rattraper de ce faux bond, je pensais vous parler petits oiseaux et arbres en fleurs, jours qui rallongent et taux d’incidence en baisse.

Tel l’aquarelliste devant sa feuille de papier, je m’apprêtais, palette de mots en main, à poser les contours d’un paysage idyllique, à agencer en quelques mots bien choisis les couleurs de ce paysage.  Je voulais que tout soit beau et luxuriant dans une sorte de contre-pieds en géant du ballon rond que je suis, un contre-pied magistral aux années COVID et à cette campagne électorale qui pue des pieds dans des chaussures à crampons.

L’herbe y était forcément verte et grasse, le ciel d’un bleu intense et le soleil d’un jaune radieux.

Pour mars, l’édito prenait forme doucement dans ma tête comme une photo à l’ancienne monte peu à peu dans un bain entre chimie et magie; quand un homme a fait Carpates et plus précisément main basse sur l’Ukraine.

Tout à coup, j’avais l’air d’un con avec mon herbe plus verte, mon ciel plus bleu et mon soleil plus éclatant.  Difficile de changer mon fusil d’épaule, moi, qui n’en ai pas et me refuse à en avoir. 

Alors j’ai gardé les couleurs de ma boîte à mots dressés bien haut, le vert de l’espoir d’abord, le bleu et le jaune de ce pays transformés en champs de bataille par les deux ex-ténors de la guerre froide, qu’on croyait réchauffée sur un coin de table ou de paillasse, alors qu’elle cristallisait encore et toujours au fond du congélo.

Tout ça est si loin que je n’arrive pas à la lire les sous titres de cette tragédie, à en comprendre le pitch.

Et tout ça est si près que j’entends depuis mon fauteuil la folie des hommes murmurer à ma porte, la guerre gronder, les morts tomber et les menaces s’élever au-dessus de nos têtes.

Notre monde est fou, fou de guerre alors que je l’espérais fou d’amour, de joie et de rire.

Notre monde est fou. Rien de neuf !

JANVIER 2022

Premier édito de l’année toute en 2, sauf un zéro bien nul dont on se serait, dont je me serais en tout cas, bien passé… Je l’avoue, j’aurai adoré signer le premier édito de l’année 2222… Mais en janvier 2222 j’aurai déjà 260 ans. Ne comptez pas sur moi ! Ne comptez plus sur moi, j’aurai mieux à faire… comme manger des pissenlits par la racine ou que sais-je encore, servir de déco, perché sur le rebord de l’écran plat, dans un tube à essais plein de cendres… Même sucrer des fraises me sera alors hors de portée… Mais bon, sans foncer jusqu’à 2222, contentons-nous de tracer notre route en pleine dystopie…

La dystopie est à l’utopie ce que le cauchemar est au rêve… Dans quelques dizaines d’années, les problèmes dont on ne parle toujours pas assez aujourd’hui, n’en serons plus… Le dérèglement climatique sera acté. Des glaciers auront fondu. Le niveau de la mer aura grimpé de quelques centimètres par ici de quelques dizaines de centimètres par là, et votre plage au tropique (Cancer ou Capricorne), votre paradis pour touriste esseulé ne sera plus qu’un magnifique fond sous-marin où l’on pratiquera le snorkeling autour des restes du bar d’un palace au nom hollywoodien.

Quant aux habitants et habitantes ; ils, elles auront, pour ceux et celles qui courent, qui nagent, qui rament assez vite, pris la poudre d’escampette et se seront réfugié.e.s depuis des lustres dans des zones plus tempérées. Ici, par exemple ! Il ne sera plus alors question de grand remplacement, mais d’un maousse costaud remplacement par des êtres humains qui ne chercheront pas à nous envahir comme le ressassent certains, mais juste à sauver leur vie et celle de leurs proches, des êtres humains qui espèreront juste alors que nous leur fassions une petite place. Et comme notre éducation judéo-chrétienne celle qu’on nous vante et ses sacro-saints adages nous auront appris à aimer notre prochain comme nous-mêmes, nous ne saurons dire non.

Quand la mer monte, il faut savoir dire oui ! Alors, je dis oui ! Je dis oui et n’attends pas des jours pires pour trouver des solutions !

Sur ce, bonne année à toutes et à tous, on a encore un peu de temps… mais tout va si vite !

DÉCEMBRE 2021

Presque que comme une devise, façon “à jamais le premier” ; je me dois d’avoir un temps d’avance. Aller vite, plus vite, devancer la roue du temps et l’actu, tout en gardant les yeux dans les étoiles alors que tout le monde regarde ses pantoufles en se demandant comment vont se passer ces fêtes de fin d’année. Telle est ma mission.

Mine de rien, je suis déjà en 2022. Etonnant, non ? 

Oui, en 2022, et pas pour vous parler des pestilentielles Présidentielles de mai. Non, plutôt pour vous annoncer la sortie le 4 février prochain, de “Little Hamman”, le nouvel opus de Temenik Electric. Fêté comme il se doit quelques jours plus tard (le 11 pour être précis) à l’Espace Julien, cette release party comme disent les pros de la pro, sera l’occasion de réunir sur scène les rockers de Temenik Electric et ceux de De La Crau, le trio emmené au chant au mandole et à la guitare par Sam Karpiénia, qui sortira lui aussi son album ! Ni plus, ni moinse !

Si(x) toute l’année aux trois 2 pouvait ressembler à ce moment de grâce et de fraternité, si(x) toute l’année aux trois 2 pouvait multiplier ces généreuses énergies, on ne serait pas mécontent de voir pointer le bout de son museau.

En attendant, et quoiqu’il advienne, bon bout d’an à toutes et à tous, et puisque Joséphine Baker, est entrée au Panthéon, osons nous sortir dans le respect des gestes barrières, une banane en guise de masque !

Prenez soin de vous, prenons soin de nous et n’oubliez pas de rire !

NOVEMBRE 2021

Il est des fins de mois difficiles, où j’ai le cerveau dans le rouge et ne sais par quel bout de la lorgnette attaquer l’édito. L’actualité est là. Elle vocifère à mes oreilles, mais je ne sais trop qu’en dire. Fin septembre était de ces fins de mois, alors je l’avoue, de vous à moi, je me suis tu. Et il est des fins de mois comme celle d’octobre où je tente de la prendre à bras le corps pour mieux en saisir les rouages. C’est ainsi que le cerveau dans le rouge ces derniers jours, j’ai pondu deux éditos que je vous livre ici. A vous de me dire celui qui a résonné, raisonné en vous…

 

Edito 1

Parce qu’un jour il y a 78 ans, il a été possible de vider un quartier marseillais de ses habitants comme on cure une pipe d’un geste précis et efficace sans que personne ou presque ne trouve à y redire et ce avec les conséquences que l’on sait, il serait bon de se demander aujourd’hui si les gesticulations des forts en gueule du moment qui sous couvert d’amour de leur pays, stigmatisent l’Autre, l’Etranger, le Pas Pareil, ne nous préparent pas à un tour de main similaire.

Ni bon, ni mauvais, l’homme est juste ce qu’on le prépare à être. Par flemme, conformisme ou juste par confort, il se fond dans le moule. Balancez-nous de la merde et nous la mangerons en nous pinçant le nez les premières fois, et si on n’a que ça à se mettre sous la dent, on finira par aimer ça et par l’offrir en partage.

Parce qu’un jour il y a 78 ans, il a été possible de vider un quartier marseillais de ses habitants comme on cure une pipe d’un geste précis et efficace, nos anciens ont scandé « Plus jamais ça ! ».

Parce qu’il avait le sens du tempo et de l’histoire, Rachid Taha lui nous a alerté dès le début des années 90 en chantant à tue-tête : 

 

« Voilà, Voilà qu’ça recommence.

Partout, partout et sur la douce France

Voilà, voilà, que ça recommence

Partout, partout, ils avancent… ». 

Alors aujourd’hui soignons le beau. Chérissons l’amour. Emerveillons-nous des étoiles plutôt que de râler de la boue qui crotte nos godasses. Disons « non » à ces idées rabougries et construisons un autre monde !

 

Edito 2

Éditorialiste, je suis. Éditorialiste, je resterai, moi. Car comme le rappelais le poète conteur, comédien, écrivain, chanteur et sculpteur belge Julos Beaucarne qui nous a quitté le 18 septembre dernier : « à force de péter trop haut, le cul prend la place du cerveau. ». Sur ce, le débat est clos.  Bon mois à tous et rendez-vous en décembre.  

SEPTEMBRE 2021

Après la guéguerre du PACS, vint plus tard celle du PASS… Et comme toujours après, reprit la vie, pas à pas. Dans un cas comme dans l’autre, qu’on ait été ou qu’on soit d’accord ou pas avec ces militants de tous poils, de tous bords ; qu’on les juge charlatans, partisans, turbulents, bien-pensants, attachants, attirants ou pas… ou pass… ou bourre et bourre et ratatam, revient la vie. Car quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, on est condamné - avec ou sans pass - à vivre ensemble.

 

Parce que seul, tout seul, on est soi et qu’entre soi, entre moi et moi, même si je suis très bien, j’ai besoin de toi ! De toi pour m’infecter et de toi pour me guérir ! De toi pour me protéger contre moi-même, parce que parfois tu m’es insupportable, parce que parfois le monde m’est insupportable.  

J’ai besoin de toi pour faire d’autres nous, d’autre nous qui nous ressemblent un peu beaucoup passionnément à la folie ou pas du tout. D’autres nous avec qui je partagerai, avec qui nous partagerons ces étincelles de lumière, ces filaments spirituels que chacun possède sans en être propriétaire, et qu’on appelle cultures. 

A l’heure du retour aux chants, à l’heure des cultures et de l’amour plus que des labours, célébrons ensemble et dans la diversité, ensemble et séparément, Babel Minot qui a 7 ans - l’âge déraison - et soyons fous une bonne foi(s) pour toutes ! 

 

JUIN 2021

Plus de 21 ans que le Nomad' Café porte à bout de bras, l’idée d’une salle de concert pas pareille à la programmation exigeante et audacieuse. Cette salle du boulevard Briançon a depuis accueilli de nombreuses résidences de création, des préparations de tournée et même des séances d’enregistrement dans son studio. S’est aussi greffé au projet initial, un festival musical jeune public “Babel Minots” qui attirent des programmateurs de tout l’hexagone. Des actions à destination des enfants des écoles marseillaises complètent le dispositif. Le Nomad' Café est aujourd’hui devenu un des lieux d’expérimentation reconnus des Quartiers Nord.

Alors quand s’imposent d’autres lieux d’expérimentations dans ces fameux Quartiers Nord, quand un restaurant rapide, un fast-food de la plus courue des enseignes de fast-food à travers le monde se transforme ici, au fil des luttes, en lieu de rencontres et de solidarités, et dessine les contours de son avenir, le Nomad' Café ne peut que s’en réjouir.

 

En opposition frontale avec la célèbre enseigne au clown à grosses chaussures, les employés en lutte et activistes solidaires impliqués dans la vie de ce fast-food hors-norme du rond-point St-Barthélémy ont choisi de prendre en main les rênes de leur futur, d’inventer leur monde de demain et de border avec intelligence leur aventure pour qu’elle demeure indépendante, et en lien avec la réalité des personnes qui la structurent comme de celles pour qui elle est un recours, une bouée de secours indispensable.

 

Ainsi, une association - La Part du Peuple - a été déposée, association dont les membres ne peuvent posséder plus d’une part à 25 €. Libre à ceux qui désirent investir plus, d’offrir ces parts à d’autres qui n’en ont pas les moyens, sur le principe des cafés réservés ou cafés solidaires. Plus de 5000 actionnaires se sont déjà fait connaitre et l’aventure a pris un nouveau tournant quand la nouvelle majorité municipale a récemment fait savoir, qu’elle se portait acquéreuse du lieu. Une nouvelle applaudie autant par les militants que par les utilisateurs qui peuvent donc espérer désormais voire aboutir leur projet de rachat auquel était opposé la firme américaine.

« C’est la première fois qu’un mairie se met de la sorte au service de ses citoyens » claironne-t-on dans ce lieu autogéré, avant d’ajouter « le chemin est encore long ». Reste à définir les modalités de transfert de propriétés (rachat, bail emphytéotique sur un très long terme… ), mais l’utopie de ces doux dingues est en passe de se réaliser. Bravo à eux qui nous rappelle que c’est à nous d’inventer notre monde d’après, si on souhaite qu’il soit taillé aux mesures du plus grand nombre !

AVRIL 2021

“Avril, ne te découvre pas d’un fil !”

Si la sentence est bien connue, elle risque avec le temps de perdre de son intensité, de sa véracité… Dérèglement climatique oblige…

Alors qu’il serait urgent d’agir, nos consciences comme asphyxiées, semblent tourner au ralenti.

Lentement mais surement, nous allons vers la mort.

La mienne comme la tienne est inéluctable. Quant à celle de la planète, il ne tient peut-être qu’à nous, en passant parfois outre les systèmes que nous avons nous-mêmes installés au cœur de l’engrenage, de la renvoyer à plus tard, de laisser à d’autres, après nous, le soin de la refuser… ou pas !

Et heureusement que j’ai pris mon temps cette fois-ci encore, car en tout début de mois, en son premier jour, vous auriez hurlé au canular à la lecture de cet édito et, ne m’auriez pas pris au sérieux.

Alors que sérieux, je suis !

Sérieux et optimiste !

 

FÉVRIER 2021 - [10 ans]

Vous serez très peu sans doute, à vous dire en découvrant parcourant la dernière partie de ce nouvel édito, qu’il vous dit quelque chose, que vous l’avez déjà lu. Et vous n’aurez pas tort.

C'était, il y a exactement dix ans. Je venais d’enfiler mon habit de Parrain du Nomad - d’Official Godfather - et rédigeais dans la foulée mon tout premier édito pour la newsletter de la salle de concerts du Bd Briançon. J'y avais été convié par Sam Karpiénia à qui incombait cette fonction jusqu'alors.

J'avais accepté le challenge… pour un an. C'était, il y a dix ans ! Dix ans déjà ! On ne m’avait pas dit alors que c’était à vie !

Je l’apprendrai par la suite.

Une centaine d’édito plus tard, je souhaiterai en ce tout début février 2021, et en conclusion de cet édito’versaire, une longue vie au Nomad Café ! (février 2021) 

« Parrain, c’est bien, mais un peu triste peut-être…

Par deux, ça a l’air pas mal aussi, voire mieux.

Par trois, sûrement plus fun encore.

Par 4, par 5, par 6, par 7, par 8, par 9…

Mais il vous faudrait alors une preuve, la preuve par neuf que je se suis bien Le Parrain tout neuf qu’il faut au Nomad Café pour cette année 2011.

Mais ça, j’imagine que tout comme Sam Karpénia, mon illustre prédécesseur, vous en êtes intimement convaincus. Illustre prédécesseur, que je salue au passage par un chaleureux et très “up to date” : « Dégage ! ».

Alors, on s’arrêtera à 8 !

Par 8, donc ! Sans retenue comme deux fois deux font quatre et quatre font 8. Parce que 8 un est un entier naturel et que le naturel, aujourd’hui, ce n’est pas donné à tout le monde.

Un édito naturel donc, sans pesticide, un édito qui sent le fumier chaud ! Un édito qui dit tout et rien, un édito pas rasoir qui laisse pousser les idées, un édito tôt, un édito tard, un édito sur lequel souffle le vent chaud du désert, un édito sitôt free, sitôt cuit… un édito cui-cui parce que c’est déjà le printemps en Méditerranée. Vive le nouveau, vive le renouveau ! ». (février 2010) 

 

 

JANVIER 2021

Cet édito a pris son temps avant de débouler sur la toile. Cet édito a pris le temps de vérifier qu’au lendemain de la nuit du réveillon, nous n’étions pas le 32 décembre 2020, mais bel et bien le 1er janvier 2021, le surlendemain le 2 janvier et ainsi de suite.

Aujourd’hui, nous sommes donc bien le 11 janvier 2021 et pas le 42 décembre 2020.

Voilà qui a de quoi nous rassurer…

Quoique, pour être rassuré, encore faudrait-il être assuré de quoi que ce soit au sujet de cette nouvelle année qui déboule, de cette année de tous les doutes…

Encore faudrait-il être assuré contre les ravages potentiels de cette nouvelle année, ravages dont on ne connait pas encore les limites.

2021, ne sera pas 2020, pour sûr !

Sera-t-elle meilleure ou pire, ça s’est une autre histoire, une histoire qu’il nous tient à nous aussi d’écrire. A nos plumes pour des pleins et déliés ou à nos burins, notre destin nous appartient !