LES ÉDITOS DE SQUAALY

DÉCEMBRE 2018

A la suite des débordements et de la violence qui ont émaillé les manifestations de ces derniers jours à Marseille comme dans toute la France, Don Vito Squaaly, a décidé de reporter l’édito de décembre à janvier afin de permettre à la vie éditoriale de se dérouler dans des conditions démocratiques normales. 

En ces temps perturbés, je tiens à vous rappeler que je suis Parrain à Vie du Nomad’ Café, ce qui n’est pas le cas d’autres personnages influents qui ne sont là que grâce à votre suffrage. La prochaine fois, pensez-y au moment de glisser un bulletin (ou pas) dans l’urne !

NOVEMBRE 2018

Faire le pont et se réveiller un lundi avec le murmure qu’un bout de mur est encore tombé dans la nuit, que les indiens de la Plaine ont un instant au moins, trouvé une faille dans cette place transformée en Fort Alamo en béton, en camp sans mirador. Cette enceinte aux épais murs résume mieux qu’un long discours le manque de concertation qui a précédé les travaux de requalification de l’espace urbain, sur la plus grande place de la ville aux 111 villages. Faire le pont, se réveiller et sourire, parce que, même si la cavalerie finit souvent, voire toujours par gagner; les indiens, je ne sais pourquoi, sont depuis toujours et irrémédiablement mes amis, mes frères de calumet.

Faire le pont et se réveiller un lundi sous la poussière et les gravats, empli de colère sonnante et trébuchante, de rage criarde et en vouloir à la terre entière, à la pluie, à ces maisons délabrés qui s’affaissent sous leur poids, à ces immeubles-frères de sort, à ces logis-béquilles adossés les uns aux autres, à ce quartier oublié, délaissé, à ce quartier auquel on pensera un jour, quand nos décideurs aux réflexes fatigués dès qu’il s’agit du bien public et de la sécurité de tous, jugeront que l’heure est enfin venue. « Rien ne presse, il y a si peu d’électeurs ici » pensent-ils, cyniques. Si la grande faucheuse n’a pour l’instant - dans la nuit de lundi à mardi - emporté personne, le nombre de portés disparus laisse tout de même présager de cruelles heures dans les jours à venir. Des heures, qui dureront une éternité pour ceux qui ont perdu leurs proches sous ces débris et leurs raisons d’être dans la poussière.

Faire le pont et se réveiller un lundi en cherchant un sens à tout ça, en se demandant comment des êtres humains sont probablement morts sous les décombres d’un immeuble dont l’insalubrité et la dangerosité ont été signalées depuis des lustres. Comment cela a-t-il été possible alors qu’on sait réparer dans l’instant une navette spatiale a des milliers de kilomètres de la croute terrestre, et qu’on peut décider en un quart de seconde de dépenser des centaines de milliers d’euros pour construire un mur qu’on défendra ensuite coute que coute à coups de gaz lacrymogènes et de matraques dans le seul but d’imposer un espace estimé avant lancement des travaux à 20.000.000 d’euros et présenté sur papier glacé comme un havre de paix, un lieu de partage et d’échange.

P… de lundi !

 

Aujourd’hui mardi 6 novembre, le ciel de Marseille pleure. Si l’heure est au déblaiement et au recueillement, viendra celle attendue des questions et des réponses. Chacun devra assumer ses responsabilités sans se camoufler derrière le paravent élimé du Marseille bashing ! Ce n’est plus possible, la coupe est Plaine !

OCTOBRE 2018

Lundi 25 septembre 2018, il y a tout juste une semaine, au large des côtes libyennes, l’Aquarius, recueillait 58 personnes en danger de mort, comme impose le code maritime à tout navire à proximité d’un naufrage en cours, sans avoir à se poser la moindre question quant au statut des personnes sauvées.

Ces 58 rescapés n’ont pu toucher terre qu’hier dimanche, après 6 jours de navigation. C’est finalement Malte qui les a accueilli temporairement au prix d’une concertation entre huiles des différents pays de la Méditerranée européenne. Il faut savoir que même par gros temps, les huiles surnagent toujours.

Ces 58 personnes dont 17 femmes et 18 mineurs, épuisées, traumatisées pour certain.e.s, auraient pu rêver, espérer un peu de cette fraternité qui s’affiche sur les frontons de nos mairies et écoles, et vient ponctuer l’article premier de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, à savoir : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. ». Agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité… Tout est dit… ou presque. Car, dans la foulée, le navire a perdu son pavillon panaméen après un coup de pression à froid et non moins diplomatique des autorités italiennes sur leurs homologues d’Amérique centrale. Encore une histoire d’huile !

Sans immatriculation, donc fantôme aux yeux de la législation maritime, l’Aquarius est condamné à rester à quai. Quand aux prochains naufragés, ils devraient eux, trouver la mort en pleine mer parce que des terres inhospitalières les ont poussé à fuir, tandis que d’autres pas plus hospitalières, leur dénient le droit d’entrée.

Si pour toi aussi, la fraternité n’est pas un mot vidé de sens, un mot qu’on exhibe pour faire bien, sans en connaitre réellement le sens, tu peux signer la pétition mise en ligne par les deux associations humanitaires présentes à bord de l’Aquarius (lien en bas de page), pour demander à tous les Etats d’Europe de respecter l’obligation de sauvetage en mer, un impératif qui doit primer sur toute considération d’ordre politique, dans le respect du droit international » précise le texte à signer.

Il est aussi possible de financer le navire et les équipes à bord via les comptes respectifs de chacune des associations.

En attendant et pour se rassurer – ou pas - quand à l’état de notre monde, il est bon de savoir comme vient de nous l’apprendre l’O.N.G. Oxfam, que 82% des richesses créées en  2017, l’ont été au profit de seulement 1% de la population mondiale, 1% qui ne rame que rarement et ne se noient jamais.

Dans ce cas là, je ne garantis malheureusement pas sur facture les vertus d’une quelconque pétition, il faudra peut-être trouver d’autres moyens de pression. Attention terrain glissant !

https://you.wemove.eu/campaigns/sauvons-l-aquarius-et-le-sauvetage-en-mer

SEPTEMBRE 2018

Il en rêvait ; on lui a refusé. Trump ne fera donc pas sa grande parade militaire sur une des larges avenues de Washington pour célébrer en novembre prochain, le centenaire de l’Armistice signé entre l’Allemagne et les Alliés (France, Empire russe, Empire britannique, Italie et Etats-Unis), idée qui avait germé dans la tête de Donald et sur les Champs Elysées, un certain 14 juillet 2017.

La raison de ce camouflet porté à la face et au toupet orangé du Président des Etats-Unis est le coût de la parade jugé trop cher par les experts économiques de la première ou deuxième puissance financière au monde (selon les critères retenus). Un militaire américain s’est même permis de qualifier avec dédain cette envie de défilé : « de connerie de pays du Tiers-Monde. ».

Trop cher donc, et nous, ici, plus bas dans le classement des puissances financières, nous continuons année après année à faire défiler nos troupes en ordre de marche et au pas, camarade.

C’est sans doute cela l’esprit gaulois cher à notre Président… Une raison de plus de se ravir d’être celte, romain, ligure, germain, mais aussi arménien, amazigh, slave, arabe, bantou, dogon, kurde, cachemiri… ou plus probablement aujourd’hui, né.e d’une combinaison de ceux-là ou d’autres encore, et pas gaulois ou pas que gaulois comme on n’a toujours voulu nous le faire croire.

 

JUILLET 2018

Ici, je n’ai pas pour habitude de commenter les décisions de justice. Ici, je n’ai pas d’habitude du tout, sauf peut-être celle de vilipender les vieux de tous les bords qui ne veulent pas laisser leur place. Il faudra d’ailleurs prochainement penser à me trouver un successeur.

Mais avant d’y songer, revenons sur cette décision de justice dont on a eu vent hier, dimanche 8 juillet. Des juges d'instruction auraient stipulé dans une ordonnance datée du 28 juin, la saisie pénale d'une somme de 2 millions d’euros dans le cadre de l'affaire des assistants présumés fictifs d’euro-députés FN, en vue de la possible réparation du préjudice au détriment du Parlement européen.

 

Cette somme devait être versée aujourd’hui, lundi 9 juillet, au parti nouvellement rebaptisé Rassemblement National au titre du financement de la vie politique. L’aboyeuse en chef du parti d’extrême-droite n’a pas tardé à vagir sur twitter  « qu’on leur appliquait la peine de mort à titre conservatoire... ».

La peine de mort ? Où est le problème, je croyais qu’elle était pour ?

PS : Au fait, ne pas avoir d’habitude n’est-elle pas une habitude ? Vous avez trois heures... et tout un été, je relève les copies à la rentrée !

 

JUIN 2018

La Nation reconnaissante !
La nationalité dans la majorité des cas, te tombe dessus à la naissance, sans que tu n’aies rien d’autres à faire qu’à l’endosser. Alors, quand, aujourd’hui, elle est assimilée à une médaille, à une récompense, on semble marcher sur la tête et revivre quelques épisodes peu glorieux de l'histoire de l'humanité. Yabon, la nationalité !

 

Heureusement pour Mamoudou Gassama, le gamin sauvé du vide est français. Sans quoi cet intrépide grimpeur aurait au mieux à faire avec la justice, au pire serait déjà en zonzon, sans passer dans aucun des deux cas par la case naturalisation.

C’est aussi ainsi qu’on vit aujourd’hui en douce France, cher pays de mon enfance et malheureusement aussi République Banania !

 

PS : A ta manière aussi, tu peux être un héros : sauve des vies de la noyade en soutenant financièrement SOS Méditerranée. Pour cela clique ici.

MAI 2018

« Mai aurait trop de fériés… », me dit-on. Et si c’était les autres mois de l’année qui n’en avait pas assez ? Et si ces ponts qui enjambent le joli mois de mai n’étaient que les prémices d’une saine et équitable redistribution des dividendes de la croissance.

Et si le temps libre, le temps choisi et partagé avec les gens que l’on aime valait plus que tous les indices boursiers. Qu’attendons nous pour intégrer aux bilans annuels des économies de nos pays, les nombre de barbecues partagés, de livres lus, de farniente assumées et de siestes crapuleuses crapulées ?

Faisons-nous confiance et vivons heureux puisqu’en mai, il est de bon ton de faire ce qui nous plait !

AVRIL 2018
 

Sans préavis, il est vrai, samedi dernier, premier jour de ce nouveau mois, je me déclarais unilatéralement et sans équivoque possible en grève ! En grève d’édito ! En grève par solidarité avec les cheminots. En grève par solidarité avec les étudiants délogés à Montpellier par des milices d’extrême droite ! En grève par solidarité avec les étudiants qui partout en France sont solidaires des étudiants montpelliérains ! En grève avec tout ceux qui sont en grève et pour qui ça a du sens et surtout un impact.

Ma grève, samedi, n’a pris personne en otage. Faut dire que samedi, le Nomad Café était vide. Reconduite dimanche parce qu’il n’y a pas de raison, ma grève n’a même pas été relayée dans l’édition dominicale du J.T. de France Trois Méditerranée. On préférait y parler œufs en chocolats et autres bondieuseries pascales. Lundi, alors que ma grève entamait son troisième jour consécutif, rien, toujours rien pas même un mot du pape dans son homélie improvisée lors de la messe rituelle place Saint-Pierre. Mardi, enfin, un premier coup de fil, une première réaction. Julien V. (son nom a été escamoté pour ne pas faire de cette histoire, une affaire personnelle) me rappelle gentiment à l’ordre me faisant remarquer que nous sommes, lui comme moi, déjà le 3 du mois et que la niouzletter (dans un franglais dont je lui laisse la responsabilité), du Nomad Café disait-il n’est toujours pas partie, faute d’édito.

M’arc-boutant sur la législation du travail, tel Zorro chevauchant Tornado cabré sur ses pattes arrière, je brandis dans la douce clarté du matin, les articles du code du travail quant au droit de grève et à son respect. Il éclate de rire et me rétorque derechef : ah oui ta grève… très drôle ton poisson d’avril !

Ce matin, mercredi 4 avril, j’ai repris le travail !

MARS 2018

Au delà de la joie des médaillés, l’histoire mettra au crédit des Jeux Olympiques de Pyeongchang, la reprise du dialogue intercoréen. Plus de 45 ans après la “diplomatie du ping-pong” qui avait permis à la République Populaire de Chine et aux Etats-Unis d’Amérique de prendre langue (et plus si aff’), la diplo’ du OK sur glace a validé ce rapprochement inattendu, en ne présentant qu’une seule équipe d’hockeyeuses pour les deux Corée.

Tokyo en 2020, Pékin en 2022 et Paris en 2024, pour ne prendre que les trois prochaines Olympiades, devraient nous réserver quelques belles surprises.

Qui pour miser deux sous sur le confinement et la neutralisation de toutes les armes nucléaires négocié lors de la finale du saut de mouton à cinq pattes, dans les environs d’Hiroshima ?

Qui pour croire que les éliminatoires du curling, le 7 juillet 2020, place Tian’anmen, profitera aux peuples de Chine ?

Qui pour parier ses boutons de culotte sur la présence d’une équipe corse lors des compétitions de golf, pendant que d’autres militeront en secret pour le retour dans l’arène monétaire européenne des citoyens de Sa Majesté la Queen of the United Kingdom ?

Si sport et diplomatie et par extension sport et économie font désormais lit commun, on est en droit d’espérer que les prochains classicos OM-PSG soient le terrain, dans les coulisses du Stade Vélodrome ou du Parc des Princes, d’âpres négociations pour un juste rééquilibrage des investissements de l’Etat dans chacune de ces deux villes.

 

 

FÉVRIER 2018

« Je me souviens » répétait à l’envi Georges Perec. Je me souviens qu’à la fin du siècle dernier quand furent débattus au Parlement et au Sénat, les articles de la loi sur le réforme du temps de travail, quelques esprits chagrins criaient à la fin de notre fameux modèle économique. Votée puis promulguée à compter de l’an 2000, la loi devenue obligatoire en 2002 ravit depuis les amateurs de RTT sans avoir plongé pour autant notre économie dans des fonds abismaux, ni fait disparaître en contrepartie le chômage, il est vrai. Pour oser espérer faire croire à la fin de ce dernier, il faut au moins être homme politique en campagne, mais ça c’est une autre histoire.

Je me souviens qu’un peu plus tard, le slogan « travailler plus pour gagner plus » tenta de gangrener nos esprits lascifs par nature, de renverser la vapeur, de faire marche arrière. Las, on ajusta, pondéra, mais la loi demeura en l’état. En 2014, la ville suédoise de Göteborg s’essaya bien aux 30h de travail hebdo’ pour ses employés municipaux sans qu’on en connaisse les effets. Depuis, plus rien.

Ce qu’on ne sait pas, c’est que depuis quelques années voire décennies, Marseille est terre d’expérimentation. Qu’ici, à l’ombre des pins paresseux et des cameras des JiTé du 20h, on innove ; bousculant les schémas ancestraux en tentant d’élaborer d’inventives et inédites stratégies de production. La ville blanche et bleue qui n’a connu que trois Maires depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, est semble-t-il en “loussdé” l’hypocentre de la révolution sociale à venir. Oui, d’ici quelques années nous ne devrions plus travailler qu’une semaine sur deux. Nos organismes sont manifestement prêts à supporter ce bouleversement. Des études – sommaires, pour l’instant - tendraient à prouver que notre récupération et notre concentration sont bien meilleures quand, entre deux périodes de labeurs, nous alignons 9 jours et 10 nuits, plutôt qu’un week-end forcément trop court. « Aucun contrecoup, aucun effet indésirable pour l’instant n’ont été signifiés » attestent les experts qui dans certains services de la mairie, se sont penchés sur cette expérimentation in vivo. Si, comme le chantait Henri Salvador : « le travail c’est la santé, ne rien faire c’est la conserver », on ne peut-être que rassuré quant à l’état médical de ces employés de mairie.

Reste la question de la productivité à la lueur de laquelle il faudra bien aussi examiner tôt ou tard ce chamboulement chronobiologique. Manifestement, la ville semble bon an mal an mener son petit bonhomme de chemin. Les opposants à notre Bouteflika local pointeront les agissements lacunaires, les errements et les dysfonctionnements de certaines équipes municipales, tandis que ses supporters se raviront que Marseille soit la base nautique des J.O. de Paris par exemple avant d’ajouter « Si Jean-Claude a chaque année, le temps d’assister à la traditionnelle bénédiction du four des navettes à la Chandeleur, c’est que tout va pour le mieux ici. ». Les uns comme les autres finiront par tomber d’accord sur le fait que depuis le temps, rien ne s’est catastrophiquement aggravé, ni franchement amélioré et que ce n’est pas la réduction drastique du temps de travail qui a changé la donne. C’est comme ça que depuis la Libération, rien ne change ici. C’est bien qu’on doit nous aussi y trouver notre compte.

JANVIER 2018

La boucle est bouclée… 365 jours et puis 2017 s’en va… « Le roi est mort, vive le roi ! » comme on disait avant de circoncire par le haut Louis XVI. Alors, accueillons à bras ouverts et à tue-tête 2018 et ses 365 nouveaux jours et ne nous méprenons pas, l’heure n’est plus à la décapitation.

 

Aucune tête n’est tombée… pas même celle dodelinante de Trump, l’auto-proclamé « génie stable… », pour qui la dernière vague de froid aux Etats Unis (-38 dans certains endroits) vient contredire l’idée même de réchauffement climatique. La banquise n’a qu’à bien se tenir ! Quant à nous, joyeux terriens, il ne nous reste plus qu’à faire confiance aux effets de nos intelligences conjuguées et de nos envies partagées pour reprendre les rênes de notre avenir, pour construire un monde d’amours, de passions et d’échanges.

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